Le Solarpunk c'est quoi ? Les piliers
Le courant Solarpunk offre une vision de notre futur, de ce qu’il pourrait être. Plus que n’importe quel autre genre, celui-ci n’est pas strictement défini et il n’existe aucune œuvre de renommée majeure pouvant servir de référence pour en édicter les principes fondateurs et intrinsèques.
Pourtant, en notre for intérieur, il est assez aisé de sentir les liaisons de telle ou telle œuvre avec le genre Solarpunk.
D’ailleurs, de nombreuses créations de tous horizons représentent des scènes, des histoires, des esthétiques fondamentalement solarpunk, parfois sans même en avoir conscience.
Destiné à nous montrer une vision de la société de demain, agréable et vivable, l’élément principal des œuvres Solarpunk est l’écologie. Ecologie au sens large et transpartisan en ce que le mouvement solarpunk s’astreint à proposer un modèle de vie qui résout les problèmes qui se posent à notre époque: climatiques, pollution de l’air, de l’eau, des sols, qualité de la nourriture, de la vie en général et au travail, la disparition des espèces animales et la difficulté croissante de cohabitation avec certaines autres.
Ainsi, l’écologie dans toutes ses composantes apparaît comme l’axe principal soutenant le mouvement solarpunk. De nombreux titres d’œuvres rattachées à ce mouvement tirent d’ailleurs leur nom pour partie du terme “écologie” en lui empruntant le préfixe ou suffixe eco.
Sur le terrain linguistique, le « Solar » de Solarpunk fait évidemment référence au soleil, mais en filigrane, c’est plus précisément de l’énergie solaire qu’il est question. Dans sa composante joviale et lumineuse bien sûr, mais aussi pour son aspect énergétique matériel et calorifique.
La question de la consommation énergétique se pose donc comme un impératif de ce courant en ce qu’elle est étroitement imbriquée dans les problématiques qui se posent à notre monde moderne.
Par extension, ce sont toutes les problématiques écologiques qui se trouvent agglomérées autour et avec ce sujet de l’énergie et du soleil.
Ce duo énergie-écologie peut se résumer en un seul et même énoncé : L’harmonie entre l’humain et son milieu.
Concrètement, l’énergie nous sert à vivre d’une certaine manière, à appréhender le milieu naturel qui nous entoure et les contraintes qu’il contient en son sein, mais la manière dont nous nous procurons l’énergie influence ce même milieu. Cette rétroaction négative peut engendrer des troubles plus ou moins graves sur le milieu concerné. Pour vivre ici, je consomme ici, et donc j’abîme ici (ou ailleur).
La solution trouvée par l’humain pour vivre comme il l’entend devient son problème.
La possibilité de vivre en paix, voir en coopération avec les autres espèces animales, de perpétuer l’être humain dans un environnement sain et non pollué émerge comme l’un des objectif principaux du courant Solarpunk, un objectif qui structure tout le fond de ce mouvement.
Cette volonté d’harmonie est sans aucun doute autant le fruit d’une volonté idéologique s’inscrivant dans la poursuite d’un idéal, que celui de contraintes violentes et primaires s’imposant malgré nous.
L’harmonie est belle, donc souhaitable, mais si notre habitat est saccagé par nos propres actes, alors nous mourrons. L’harmonie devient alors une obligation qui nous impose d’agir pour l’atteindre ou au moins tendre vers elle, l’idéal fait place à la nécessité.
Le Solarpunk émerge comme une solution aux contraintes et vices du monde moderne et déclare : « Nous devons agir, nous le pouvons et nous le voulons ».
Loin de la résignation et des visages las, le courant solarpunk est une ode à l’action, à la mise en marche des corps et des esprits, et surtout au rêve.
Cette volonté écologique d’harmonie avec notre milieu passe donc nécessairement par une remise en question de nos modes de production et de consommation. Plus largement c’est notre manière de vivre, et donc de concevoir le monde qui se voit bouleversée.
Si nous ne pouvons plus produire à outrance selon les modalités actuelles, consommer comme nous le faisons avec l’illusion d’une absence de limites naturelles, alors comment pourrons nous vivre ?
Notre vie intérieure, notre bien être mental et spirituel s’écroulera sous le poids de chimères et de désirs inassouvis.
Il n’y a pas d’autres choix, le monde d’après, le monde que nous voulons, le monde solarpunk doit présenter une autre manière de vivre et de concevoir la vie. Chambouler les désirs et aspirations que nous pensons être naturels, innés, pour renouveler le cœur de l’humain en le mettant au centre de tout.
Pour accompagner ce changement désiré sans retourner à l’âge de pierre, la technologie et la technique sont des atouts primordiaux et indispensables. Que ce soient les éoliennes, les panneaux solaires, les méthodes de réutilisation de la chaleur, les architectures tenant compte des vents, les techniques de cultures alternatives, les structures d’utilisation de la force aquatique ou les outils de mobilité douce, tous ces éléments sont des acteurs à part entière du mouvement Solarpunk.
Ces technologies, méthodes et techniques sont les alliés qui pourront permettre à l’homme d’être accompagné dans son changement de mode de vie de la façon la plus douce et adaptée possible.
Le maître mot qui germe de la naissance spontanée et éparse du solarpunk est donc : « Harmonie ». Harmonie avec notre planète et tous ses résidents animaliers, mais aussi impérativement harmonie avec tous les membres de notre propre espèce.
C’est peut-être ici que réside en réalité la plus grande complexité de l’utopie Solarpunk. De fait, la seconde composante de ce courant enthousiaste est l’importance des réflexions sur les types d’organisation politique, les relations entre les humains et la manière dont il est possible de continuer à vivre ensemble. C’est précisément le rassemblement des humains au sein des sociétés que nous connaissons aujourd’hui qui nous amènent et nous permettent de vivre comme nous le faisons aujourd’hui. Alors si l’une des deux parties évolue, notre mode de vie ou l’organisation de nos sociétés, n’est il pas logique de repenser notre manière de voir le monde ?
La balance déséquilibrée doit sonner le gong.
Comment continuer comme avant alors que plus rien n’est semblable ? Faut-il poursuivre sur le même chemin des relations inter-humaines ou au contraire profiter du monde solarpunk pour changer les choses ?
Le Solarpunk ne préconise pas une forme d’organisation définie ou des principes strictes sur la manière d’organiser la vie en communauté, mais il appert que l’harmonie et la poursuite du rêve Solarpunk n’est pas possible sans une modification des formes de gouvernance actuellement établies.
Par sa vocation même d’équilibre entre toutes les espèces, par ses aspirations écologiques et lumineuses, le genre Solarpunk appelle intuitivement à des réflexions sur la démocratie, l’autogestion, la vie en communauté, la gestion commune et la participation de tous aux décisions.
Comment partager les ressources, les ménager et les conserver alors même que rien ne nous empêche de les saccager et de les piller ? Comment garantir une vie digne et heureuse à chacun si d’autres dédient leur vie à faire obstacle à cet idéal ? Comment être sûr que chacun apporte sa contribution à l’édifice commun si quelques-uns décident de tout et ne font rien ?
Les valeurs charriées par cet imaginaire demeurent propres à chacun, mais ces grandes réflexions portant sur les modes de gouvernance et de gestion des biens communs sont un impératif du genre, un impératif du nouveau monde.
Quant à la possibilité d’existence d’un Solarpunk autoritaire, centralisé ou technogouverné, nous y reviendrons ultérieurement dans d’autres articles !
Ces deux grandes lignes directrices du courant que sont l’harmonie avec la Terre, et l’harmonie entre les humains n’ont pas seulement acquis leur intérêt par leur évocation conceptuelle et la stimulation intellectuelle qu’elles peuvent procurer.
C’est principalement au travers du partage large d’internet que ces idées ont pu attirer un public, éveiller les intérêts de nombreux curieux et questionner jusqu’à notre mode de vie.
L’effervescence créée par le courant solarpunk autour de lui est en premier lieu le fait de son esthétique.
Les thèmes qu’il porte en lui et aborde sont évidemment un fondement de l’intérêt qui lui est porté, mais ce ne sont pas d’abord les idées qui font vibrer les âmes et briller les yeux.
C’est principalement leur traduction picturale et imagée qui a conquis les cœurs et fait la -petite- renommée du genre.
Mais alors, si l’esthétique solarpunk est si capitale, si elle est le vecteur principal d’adhésion à la vision qu’offre ce courant, par delà ses idées parfois abstraites, à quoi ressemble l’esthétique solarpunk ?
Pour ses homologues, la chose est entendue. Le cyberpunk est gris, pluvieux, plein de néons dépressifs oscillant dans le vacarme de musiques synthétiques. Le steampunk est bruyant, doré, mondain, mécanique et aventurier.
Le solarpunk est plus difficile à appréhender tant il peut apparaître dans des contextes variés. Si l’on voulait résumer à gros traits, il serait possible de dire que le solarpunk c’est du soleil, de la végétation, du bâti, de la joie, de la technologie et des humains.
L’exemple le plus connu et le plus simple à appréhender pour ressentir profondément le courant solarpunk est la publicité (ironique…) appelée « Dear Alice » qui met en scène une famille vivant dans un monde lumineux dans lequel la technologie est mise au service de l’humain et de sa relation avec la nature.
Il faut toutefois garder à l’esprit que les représentations s’inscrivant dans le courant solarpunk peuvent mettre en scène des éléments relativement différents.
Sur ce point, on peut par exemple citer les œuvres Solarpunk qui présentent des villes, futuristes et hautes, et celles qui montrent des habitations plus modestes, isolées ou constituant de petites communautés.
L’effet esthétique produit par ces différents environnements diffère radicalement et nous verrons dans un autre article que les principes et les idées qui sous tendent ces représentations peuvent aussi s’avérer bien différents.
Naturellement, ces deux représentations ne sont en aucun cas antagonistes, et il n’existe entre elles aucune frontière palpable si bien qu’il est plus intéressant de les utiliser pour ce qu’elles nous offrent toutes les deux plutôt que de les opposer.
Néanmoins, le courant Solarpunk semble intégrer et toucher tellement de genres et de représentations différentes que l’on en viendrait presque à se demander si ce courant existe bel et bien, s’il a un fond, une matérialité et un intérêt, ou si ce n’est pas un énième produit marketing enfoncé au pied de biche dans la tête des potentiels consommateurs. Extirpation du green-washing, nous enquêterons sur cette idée plus tard !
Le solarpunk s’inscrit dans une optique longue et durable tout en garantissant à chacun un certain niveau de confort de vie. Cette ambition n’est atteignable qu’au travers d’une utilisation intelligente de la technologie, sans quoi nous verrions ce qu’on appelle notre confort de vie, dégringoler à toute vitesse.
Ces technologies prennent une part importante dans l’imagerie Solarpunk, que ce soit par d’anciens systèmes comme les roues à eaux, des vélos à l’utilisation détournée, des tramways épurés aux allures de chenilles, des panneaux solaires intelligents, ou des robots autonomes aidant à la cueillette des fruits, elle est l’un des moteurs de ce genre.
La présence mêlée de métal, de tôle, ou de câbles avec la végétation et des matériaux naturels est évidente. Le point primordial qui transcende la variété des représentations graphiques et idéologiques de l’utilisation de la technologie dans le solarapunk est la finalité pour laquelle la technique est mise en œuvre.
Dans ce courant, la technologie est dans tous les cas mise au service de l’humain et de la nature. C’est ainsi que ce mélange atypique prend son sens et se matérialise par une esthétique propre et unique.
Cette douce harmonie entre l’humain et son milieu, rendue possible par des technologies respectueuses, trouve son apogée dans le caractère presque systématiquement estival, ou au moins ensoleillé du genre solarpunk. Cette lumière semble cristalliser visuellement l’idéal de bien être.
En effet, la quasi-totalité des représentations Solarpunk prend place en été, sous le soleil au milieu des feuilles et des fleurs, au milieu du vol de petits insectes bourdonnants ou d’enfants riant dans les champs. De par son appellation même, le Solarpunk donne une grande place au soleil et à l’énergie qu’il apporte. Cette lumière et cette chaleur sont aussi vecteurs de joie, de bonne humeur et d’enthousiasme, au contraire de la pluie maussade qui occupe tous les écrans Cyberpunk.
Cette lumière est un élément incontournable du genre, pourtant, petite contradiction s’il en fallait, nous ne pouvons nous affranchir des saisons, de la pluie, du vent ou de la grisaille. Cette lumière venue des cieux contribue nécessairement pour beaucoup à l’intérêt et à l’attrait de ce courant.
La vie d’une société Solarpunk en dehors de l’été, tout au long de l’année reste à expliciter, à penser et à tester, mais ce sera pour une autre fois.
A l’instar de l’imaginaire politique qu’il évoque, le Solarpunk n’a pas de grandes figures artistiques auxquelles se référer, les créations visuelles de ce courant apparaissent de partout, et nulle part à la fois. Parfois créer à l’aide d’intelligences artificielles, parfois griffonnées sur un coin de papier, les représentations du Solarpunk sont d’origines et de factures diverses. Elles sont le fruit d’imaginaires aussi riches que variés et permettent de faire connaître des citoyens à l’esprit fertile et passionnant.
Ces représentations se constituent aussi bien en paysage de villes, en représentation de maison sous-terraine, en croquis de serre hydroponique, en schéma de bâtiment à courant d’air, en plan d’écoquartier, qu’en vidéo apaisante présentant le travail d’une communauté dans un potager.
Tous les styles se confondent et se nourrissent les uns les autres, alors si l’on devait tirer une conclusion et définir les règles absolues qui définissent une représentation du Solarpunk, sans doute que cela se présenterait comme quelque chose de la sorte :
« est une interprétation du courant Solarpunk toute représentation de l’harmonie entre l’humain, la Terre, et lui-même avec à l’aide d’une technologie respectueuse des Hommes et de la nature, toute représentation d’un futur désirable qui nous redonne envie d’y croire, d’y vivre, de rêver ».